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BASTILLE

Alors que la prison de la Bastille, symbole de la tyrannie de la Monarchie absolue, est entièrement détruite pendant la Révolution française, la place ainsi libérée devient un lieu d’exécution notamment lors de la période dite de « la Grande Terreur ».

Si l’on sait que la guillotine, instrument de mort, tire son nom d’un de ses deux créateurs – le Docteur Guillotin -, il est moins connu que nous devons son occurrence première au chevalier de Champcenezt (exécuté par la machine, le 23 juillet 1794…), membre de l’Académie française. C’est lui qui invente ce néologisme :

« Le Romain
Guillotin
Qui s’apprête,
Consulte les gens du métier,
Barnave et Chapelier,
Même le coupe-tête.
Et sa main
Fait soudain
La machine
Qui, simplement, nous tuera
Et que l’on nommera
Guillotine »

« L’invention de la guillotine est la réponse technique à de nouveaux besoins culturels désireux d’une technique punitive rationalisée et capable de mettre fin à la barbarie des supplices d’Ancien Régime[1]. » La Révolution française transforme le spectacle du supplice. Le gibet est en vigueur jusqu’en 1790. Monsieur de Favras est le dernier des pendus français. « On ne saurait imaginer un instrument de mort qui concilie mieux ce qu’on doit à l’humanité et ce qu’exige la loi, du moins tant que la peine capitale ne sera pas abolie[2]» Dans les cahiers de doléances en vue des États généraux, les Français demandent de façon récurrente, que « la peine de mort soit réservée aux crimes les plus graves et que son application ne donne lieu à aucune cruauté inutile ». En outre, il est requis que la peine devienne la même pour tous et que la décapitation ne soit plus réservée aux nobles uniquement. En effet, « en France, jusqu’à la Révolution la décapitation est un privilège de classe[3] ». Les événements révolutionnaires sont donc ceux des prémices du règne de la guillotine : elle devient pour notre Nation le mode d’exécution des crimes de droit commun, pour tout un chacun.  « C’est un constat cruel : loin de mettre un terme à l’histoire de la peine capitale, en parachevant l’évolution favorable qui caractérisait depuis plusieurs décennies le droit pénal européen, la Révolution n’a fait qu’en ouvrir un nouveau chapitre[4]. »

L’idée créatrice de la guillotine vient du principe de l’égalité : tous les citoyens doivent être exécutés de façon identique, sans distinction, quels que soient l’extraction sociale, l’âge ou le sexe du condamné. La guillotine est la matérialisation, dans le domaine de la justice, des idées nouvelles et révolutionnaires. Elle instaure de facto une égalité de droits, elle est perçue comme une fille des Lumières. Enfin, intérêt non négligeable, elle devait empêcher de souffrir. On ne s’interroge qu’au siècle suivant sur ce que peuvent endurer les condamnés, notamment avec le développement d’une passion des scientifiques pour les têtes coupées et diverses expériences réalisées sur celles-ci. « Instrument permettant une décapitation mécanique, la machine a très vite paru barbare parce qu’elle associait deux caractéristiques très éloignées, exclusives presque l’une de l’autre : une froide modernité technique et la violence sauvage d’une mutilation physique[5].

 

Marie Bardiaux-Vaïente

[1] Emmanuel Taïeb, La Guillotine au secret : les exécutions publiques en France, 1870-1939., Paris, Belin, 2011.
[2] Louis-Marie Prudhomme, cité par Jacques Delarue, dans Le Métier de bourreau, Paris, Fayard, 1979.
[3] Jean-Claude Chesnais, Histoire de la violence en Occident de 1800 à nos jours, Paris, Robert Laffont, coll. « Pluriel », 1981.
[4] Jean-Marie Carbasse, La Peine de mort, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2004.
[5] Daniel Arasse, La Guillotine et l’imaginaire de la Terreur.

Mémoires sur la Bastille


Auteur :
Michel Briard
Dans Anales historiques de la Révolution française
https://journals.openedition.org/ahrf/8803

Un peuple et son roi

Film de Pierre Schoeller

En 1789, le peuple entre en révolution. À l’Assemblée Nationale, des orateurs tels que Marat, Robespierre et Saint-Just font entendre leur vision du monde. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère qui verra la monarchie céder sa place à la République et scellera le sort du roi et du peuple. Une période trouble où se croisent les chemins de figures historiques et d’hommes et de femmes de conditions modestes.

« La guillotine : de la terreur à l’abolition », France Culture (28 min)
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