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SQUARE DE LA ROQUETTE

À l’angle de la rue de la Croix Faubin et de la rue de la Roquette, on trouve enchâssé dans le sol, cinq dalles plates. Les automobilistes qui se garent dessus, ou les piétons qui traversent le passage clouté, seraient bien étonnés d’apprendre qu’il s’agit des traces de l’emplacement de la guillotine. L’échafaud nécessitait une grande stabilité que les rues pavées de l’époque ne permettaient pas. Ces cinq dalles étaient l’emplacement sur lequel il était posé en toute sécurité. L’échafaud mesurait 4m de long, 3.80m de hauteur et 2m de large. Il comportait 10 marches. À cet endroit précis, devant l’ancienne prison de la Grande Roquette, ce furent plus de 200 personnes qui ont exécutées entre 1851 et 1899. Après les nombreux ratés de la guillotine originelle de Tobias Schmidt, un aide-bourreau charpentier du nom de Berger, perfectionne et simplifie la machine de mort. Néanmoins de graves accidents arrivent encore : couperet arrêté dans sa chute, tranchage de la calotte crânienne, tête coupée au niveau du menton, mouton qui se détache et couperet qui tombe, coulisses en bois imbibées d’eau qui ralentissent la chute de la lame… Autant de tortures. Guillotiner n’est pas sûr.

Le 25 novembre 1870 voit une première estocade à la toute puissante machine. Le ministre de la justice Adolphe Crémieux réforme l’usage de la peine capitale. Il éradique l’échafaud et supprime les exécuteurs provinciaux. Il ne reste à partir de ce jour qu’un seul exécuteur, assisté de ses cinq aides, en plus du bourreau corse resté en fonction jusqu’en 1875 et de l’équipe qui travaille en Algérie française jusqu’à l’indépendance du pays en 1962.

Sans échafaud, la guillotine se retrouve à même le sol. La République française possédait trois machines : deux à la prison de la Santé (une pour les exécutions parisiennes, l’autre destinée à être utilisée en province) et une en outre-mer. Jusqu’à l’abolition de la peine de mort en France en 1981, la guillotine n’a jamais été nommée dans le Code pénal. Elle n’a toujours été désignée que par une formule : « manière indiquée et mode adopté par la consultation du secrétaire perpétuel de l’Académie de Chirurgie ». Pendant longtemps, elle est considérée comme le mode d’exécution le plus efficace.

La guillotine est construite en chêne et son croisillon d’appui en T de 4m de long est posé sur une traverse de 3.80m. Deux montants parallèles de 4.50m de haut sont dressés perpendiculairement. Les montants pèsent respectivement 69kg pour le gauche et 73kg pour le droit. Ils sont écartés de 37cm. Les piliers sont réunis par un chapiteau sur lequel on monte le mouton de 30kg de fonte. Il accueille un couperet de 1cm d’épaisseur sur 30cm de large, d’un poids de 7kg. Trois boulons d’1kg chacun, complètent l’élément décapitateur. 40kg tombent de 2.25m sur le cou du condamné. Une flèche d’acier retient l’ensemble, engagée dans une énorme pince en huit, elle-même contenue dans le chapiteau. Un crochet fait pendant à la flèche : un anneau de métal attaché au bout d’une corde y est assujetti. Une poulie placée au sommet du chapiteau permet alors de remonter le couperet. Face aux montants, la bascule. Le patient (terme usité pour celui qui subit un châtiment, dès le XVIIe siècle) est placé verticalement sur cette planche de 85cm de long, qui s’abat par une simple poussée à l’horizontale et roule sur un système de galets. Le cou est alors porté sur la lunette, constituée de deux planches percées chacune d’un demi-cercle, formant un cercle de 20cm de diamètre. La partie supérieure, mobile grâce à la présence de rainures lui permettant de glisser, se rabat, emprisonnant le cou étroitement tel un carcan. Le cou vient se poser sur le demi-cercle inférieur de la lunette, à environ 1m au-dessus de la plate-forme. L’exécuteur presse simultanément le bouton de la lunette et baisse une manette (devenue un bouton dans les derniers modèles). La pince s’ouvre, le couteau s’abat et la tête tombe dans une cuvette de zinc remplie de sciure. Le corps est basculé dans un panier en osier à l’intérieur également tapissé de zinc, placé à droite de la machine. Il peut contenir jusqu’à quatre corps. Entre le déclenchement du couperet et la fin de la décollation s’écoule moins d’une demi-seconde. Anatole Deibler en 1909 avec la quadruple exécution de Béthune, fait tomber quatre têtes en neuf minutes. Un procès-verbal de 1928 établit qu’entre la remise du condamné au bourreau, jusqu’à la chute du couperet, ne se sont écoulées que 40 secondes.

L’horreur des exécutions publiques atteint son apogée avec la décapitation de Weidmann, en 1939. Après lui, toutes les exécutions sont cachées dans la honte des prisons.

Marie Bardiaux-Vaïente

La guillotine au secret
Les exécutions publiques en France, 1870-1939

Auteur : Emmanuel Taïeb
Direction : Thierry Sarmant 
Édition : Sarbacane,
Parution : février 2011 

Les enfants maudits

Docu-Fiction de Cyril Denvers
Durée : 1H06