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ROBERT BADINTER

FRANCE

1928 –
« Nous refusons cette justice d’élimination, cette justice d’angoisse et de mort, décidée avec sa marge de hasard. »

Robert Badinter
Ancien Ministre de la Justice ayant aboli la peine de mort en France en 1981, ancien président du Conseil constitutionnel

Pour décrire l’ensemble du processus abolitionniste de Robert Badinter, ses propres ouvrages restent la meilleure des sources[1]. Il y relate étape par étape les conditions de mise en place de sa démarche de citoyen, d’avocat, puis de Garde des Sceaux. Il appuie ses propos en mettant en perspective ses influences historiques ou filiations affectives et intellectuelles. L’abolition française vient de personnalités de terrain. Ce sont ceux qui ont « vécu » la guillotine qui font abroger le châtiment suprême. Que la peine de mort soit abolie en France, puis au-delà, faire de l’Europe un espace où la sanction suprême soit totalement éradiquée, voilà l’engagement de toute une vie pour Robert Badinter. Au long cours de sa carrière d’avocat, il publie des articles contre le châtiment suprême. Ainsi, le 19 janvier 1970, dans le Figaro Littéraire : « Seules les sociétés malades maintiennent la peine capitale. » Mais c’est en 1972 que se produit le tournant décisif. Philippe Lemaire lui demande de venir le seconder pour la défense de Roger Bontems à Troyes. Malgré le plaidoyer des deux hommes, l’accusé est condamné à mort tout comme Claude Buffet. L’avocat est sous le choc, d’autant plus que son client n’est pas un assassin. Il n’arrive pas à croire qu’en France l’on puisse exécuter un homme qui n’a pas tué. Le jour de l’exécution est traumatique. Dès lors, l’abolition de la peine de mort devient l’objet central de tous ses combats. En mars 1976, il accepte de défendre Patrick Henry suite à la demande de Maître Bocquillon qui s’est lui-même porté volontaire. Badinter voit se profiler un « désastre judiciaire programmé » tant à cause du crime que de la personnalité du prévenu. Le procès de Patrick Henry s’ouvre le 18 janvier 1977. Et l’incroyable se produit. Au bout de trois jours d’audience, après un réquisitoire très dur de l’avocat général, la tête de l’accusé est sauvée. Badinter utilise des arguments nouveaux. En aucun cas il ne demande aux jurés de pardonner le crime crapuleux de celui qui a assassiné un petit garçon de sept ans. Ce que dit l’avocat aux jurés c’est que l’abolition sera bientôt effective dans notre pays. Or, comment ces hommes et ces femmes pourront-ils expliquer à leurs enfants, à leur conscience, qu’ils ont été parmi les derniers à envoyer un homme à l’échafaud se faire « couper en deux vivant » ? L’avocat émeut, Patrick Henry est condamné à perpétuité. C’est inespéré.

L’abolition en France se produit en 1981, sous son patronat. Mais son combat ne s’arrête pas là. Il milite et travaille dans les instances européennes afin de rendre la peine de mort interdite dans l’UE. Et aujourd’hui, l’abolition de la sanction capitale a une valeur juridique supranationale. Les États européens qui souhaiteraient rétablir la peine de mort ne le pourraient qu’en dénonçant les traités européens, ce qui relèverait d’une aberration politique et d’un contresens historique, voire moral. C’est ce qu’exprimait très clairement Robert Badinter en 2013 : « Si vous parlez du retour de la peine de mort en Europe, c’est encore une fois l’exploitation démagogique de l’impossible. L’Europe est tout entière réunie sous le signe de l’abolition. Alors dire qu’on va rétablir la peine de mort c’est dire « ah, eh bien on va rétablir la monarchie absolue« . On peut toujours dire des sottises, mais quand on sait qu’on exploite ce faisant des passions qui, elles, sont éternelles, l’homme est un animal qui tue, voilà, je ne suis pas optimiste sur l’être humain, j’ai trop vu ce qu’il est capable de faire. Quand on exploite ces passions-là, cet instinct de mort à des fins, quoi ? de succès électoral ? d’avoir plus de voix ? de travailler sur l’irrationnel et la peur chez les êtres humains sachant que la peine de mort n’est pas la réponse, qu’elle ne l’a jamais été et que partout où on l’a abolie, partout, il n’y a pas eu de hausse de la criminalité sanglante et souvent même une régression. Alors je dis que c’est de la démagogie à l’état pur. Ceux qui font ça mentent et ils mentent parce qu’ils jouent sur cette peur, qui est inscrite dans chaque être humain, de la mort, la mort qu’on lui donne avec la pulsion de mort ensuite au nom de la justice qu’on donne à l’autre[2]. »

Ainsi est Robert Badinter. Épris de justice.

Marie Bardiaux-Vaïente

[1]Badinter Robert, L’Exécution, Paris, Grasset et Fasquelle, 1973.
Badinter Robert, L’Abolition, Paris, Fayard, 2000.
Badinter Robert, Les Épines et les Roses, Paris, Fayard, 2011.
[2] Robert Badinter, RTBF.be info, 21 septembre 2013.

L’exécution

Auteur : Robert Badinter
Pays : France
Genre : Récit
Éditeur : Fayard
Date de parution : 25 mars 1998

« J’avais écrit ce livre, où se mêlent récit d’un drame judiciaire et réflexions sur la justice et le métier d’avocat, après l’exécution de Claude Buffet et Roger Bontems, en novembre 1972, à Paris, dans la cour de la prison de la Santé. Tous deux avaient été condamnés à mort par la Cour d’assises de Troyes pour avoir pris en otage et égorgé, à la Centrale de Clairvaux, une infirmière et un gardien. Leur grâce avait été refusée par le Président Pompidou.

Depuis lors, la guillotine a été reléguée dans les caves d’un musée, et la peine de mort a disparu de nos lois. Mais elle sévit encore dans d’autres pays, notamment aux Etats-Unis. Et la tentation d’y revenir n’a pas disparu de tous les esprits. Cette justice qui tuait, la voici à l’oeuvre dans ce livre. Il n’est pas inutile que de nouvelles générations, plus heureuses à cet égard que la nôtre, la connaissent.

R.B. »

Robert Badinter, un cri de révolte

Réalisé par Alexis de La Fontaine
Production : Magneto Presse
Durée : 110 mn
Diffusé le 7 octobre 2018 sur France 2

À l’aide des témoignages inédits de son épouse Élisabeth mais aussi de ses deux fils, Simon et Benjamin, ce portrait vous plonge dans une existence intense, riche en rebondissements. Vous découvrirez notamment ses débuts d’avocat aux côtés de stars de cinéma, sa rencontre avec François Mitterrand, la blessure familiale qui ressurgit avec l’arrestation du criminel nazi Klaus Barbie en 1983 et les dessous de sa colère lors de la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv en 1992.

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