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PRISON DE LA SANTÉ

Pendant la Révolution française, la guillotine occupe plusieurs points stratégiques dans Paris.

Qu’il s’agisse de la place de Grève – dont l’usage remontait à plusieurs siècles -, ou les places de la Concorde/de la Révolution, la place de la Bastille, ou encore la place du Trône renversé plus connue aujourd’hui sous le nom de place de la Nation, et enfin celle du Carrousel, face au Louvre. Mais toutes sont peu à peu abandonnées. En 1851 un nouveau décret stipule que dorénavant les exécutions auront lieu devant la prison de la Grande Roquette. Ce règne exclusif ne prend fin qu’avec la destruction du sinistre dépôt des condamnés, en 1899. Cette année de la fermeture de la Grande Roquette, les prisonniers sont transférés à la prison de la Santé. Ainsi débute l’implacable rythme de la machine de mort, dans ce nouveau lieu.

La Santé est inaugurée en 1867. Le nombre des cellules est doublé au tournant du XXe siècle, passant de 500 à 1000. Sur l’ensemble des incarcérés, 91 condamnés à mort emprisonnés à la Santé y ont été guillotinés. La première de ces exécutions a lieu en 1909. Il est notable de constater que la guillotine et les bourreaux n’avaient pas officié dans Paris depuis une décennie. En tout, ce sont 37 décapitations en dehors des murs, la dernière des exécutions publiques parisiennes ayant lieu le 2 juin 1939. En effet, les débordements liés au spectacle exécutionnaire ne sont plus acceptables pour le gouvernement et Daladier, ému par les désordres, promulgue le décret-loi du 24 juin 1939[1]. Dorénavant, les guillotinés le sont dans l’enceinte des prisons à l’abri des regards : « Aux termes de l’article 26 du code pénal, les exécutions capitales doivent avoir lieu sur « l’une des places publiques du lieu qui sera indiqué par l’arrêt de condamnation ». Ce texte, dont les auteurs attendaient un effet moralisateur, a pratiquement donné des résultats opposés. Déjà, en raison de manifestations regrettables qui ont marqué parfois les exécutions capitales, la publicité a été considérablement réduite et une proposition de loi, adoptée par le Sénat le 5 décembre 1898, tendait même à supprimer complètement l’admission du public à ces exécutions. Il nous a paru que le moment était venu de réaliser cette réforme, désirable à tous les égards et c’est dans ce but que nous avons l’honneur de soumettre à votre agrément le présent projet de décret […] Le Président du Conseil, ministre de la Défense nationale et de la Guerre, Édouard Daladier ; le Garde des sceaux, ministre de la Justice, Paul Marchandeau ; le ministre de l’Intérieur, Albert Sarraut[2]. »

Ainsi à La Santé, ce sont 54 exécutions qui vont être cachées dans l’enceinte et la honte de la prison. La première se déroule le 15 mars 1940. Sous l’Occupation, dix-huit résistants y sont exécutés, neuf d’entre eux guillotinés, les neuf autres passés par les armes. Les deux dernières exécutions sur le lieu sont celles de Claude Buffet et Roger Bontems, le 28 novembre 1972, avant l’aube, cloisonnées dans l’enceinte de la prison, où les décapitations se déroule dans le secret. C’est là que Robert Badinter et Philippe Lemaire se rendirent pour accompagner leur client Roger Bontems jusqu’au couperet, traversant les rues barrées qui donnaient accès à la prison de la Santé, cette sinistre nuit d’hiver.

 

Marie Bardiaux-Vaïente

[1] Annexe 7, Décret du 24 juin 1939 supprimant la publicité des exécutions capitales, Journal Officiel du 25 juin 1939.
[2] Robert Badinter, L’Abolition de la peine de mort, Paris, Dalloz, 2007.

Prison et pénitence au XIXe siècle

Auteure : Sophie-Anne Leterrier
Dans Romantisme 2008/4 (n° 142), pages 41 à 52

 

La prison pénale a été, dans la première moitié du XIXe siècle, une sorte d’utopie de théoriciens, l’antithèse des pénalités d’élimination de l’Ancien régime, le lieu fantasmatique dans lequel s’opéreraient la pénitence et le rachat du coupable. Dans le même temps, la plupart des praticiens de l’administration pénitentiaire visaient à intimider et à dissuader, plutôt qu’à réformer les hommes qui y étaient enfermés. Entre purgatoire et enfer social, la prison a été dès l’origine une question morale, au double sens de ce qui concerne les mœurs et de ce qui relève de l’éthique.

"Buffet / Bontemps les assasins de la prison de Clairevaux" – France Inter – 52 minutes
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