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PLACE DE L’ESTRAPADE

L’estrapade est une méthode de torture inventée en Italie. Ce supplice était nommé Urlo, soit, « Le Hurlement »… C’est François Ier qui ramène cette méthode des guerres d’Italie, alors que le châtiment était déjà en vigueur jusqu’en Russie. Initialement prévue pour les militaires et notamment les déserteurs, la punition a été étendue aux civils. Vagabonds, blasphémateurs, personnes accusées de sorcellerie, bref, tout individu accusé de trouble à l’ordre public risquait la sanction de l’estrapade. De même la communauté protestante en fit plus que largement les frais, tout au long des persécutions qu’elle a subies.

Le bourreau attachait les bras de la victime à des cordes, dans le dos la plupart du temps, même s’il est rapporté que la corde ait pu être attachée à un seul poignet. Le supplicié était hissé jusqu’à être suspendu. Puis le bourreau le laissait brusquement tomber, sans toutefois que le corps puisse toucher terre. Cette opération est réitérée un grand nombre de fois. Le supplice pouvait se prolonger pendant plusieurs heures, et en cas de condamnation à la sanction capitale, si le condamné n’était toujours pas mort après une telle torture, le bourreau l’achevait en l’étranglant.

Des poids de 60 à 125 kg étaient parfois fixés aux pieds de la victime, pouvant entraîner l’arrachement des membres, en plus des épaules disloquées. La douleur était intense, d’où son nom italien. L’estrapade n’était rien d’autre que l’application d’une peine de mort déguisée, plus lente que d’autres méthodes. Certes on pouvait en réchapper parfois, mais dans quel état… Cette méthode de torture fut largement utilisée par l’Inquisition. L’estrapade a été abolie en 1776 par Louis XVI, roi peu féroce et peu enclin aux démonstrations de torture. Le roi décapité avait engagé toute une réforme judiciaire et pénale. Le 1er mai 1788, il annonçait « une révision générale de l’ordonnance criminelle et une réforme profonde de tout le système répressif. » Tous les Français intéressés par le système pénal pouvaient s’adresser au Garde des Sceaux, Chrétien-François de Lamoignon de Basville. En outre, un mois de délai minimum fut institué entre la condamnation à mort et l’exécution afin que tout prévenu puisse demander sa grâce au souverain. La Question est définitivement abolie. Enfin, lors des procès de condamnations à mort, les juges devaient prononcer la peine par trois voix de majorité contre deux auparavant. Mais cette déclaration n’a jamais été appliquée, les Parlements ayant refusé de l’enregistrer. Il est de plus avéré par ses biographes que Louis XVI souhaitait utiliser très largement sa primauté du droit de grâce. Voltaire lui-même loue l’humanité du roi qui a aboli la peine de mort pour le crime de désertion : « Le roi de France en a déjà donné un grand exemple à son avènement à la couronne […] sur les déserteurs […] J’ose vous inviter, messieurs, à chercher pour les citoyens ce que Louis XVI a trouvé pour les soldats[1]. » Mais si la torture disparait avec l’absolutisme et la Révolution française, il faut attendre encore deux siècles pour voir l’abolition du châtiment suprême.

Marie Bardiaux-Vaïente

[1] Voltaire, Prix de la justice et de l’humanité.

La torture au Moyen Âge
XIVe-XVe siècles

Auteure : Faustine Harang
Année : 2017
Pages : 308
Collection : Le Noeud Gordien
Éditeur : Presse Universitaire

La torture médiévale nourrit de nombreux fantasmes. Examinée au prisme de la justice royale incarnée par le parlement de Paris aux XIVe et XVe siècles, elle s’impose dans le cadre de la procédure inquisitoire comme un instrument légal afin de contraindre le criminel à se dévoiler. Il s’agit de « savoir la vérité par sa bouche », l’aveu étant la clé de voûte du procès. Héritage du droit romain, ce que l’on nomme alors « question » ou « voie extraordinaire » est une démarche facultative, bien encadrée en théorie, mais dont la pratique nécessite des ajustements : sa régulation contribue à renforcer le pouvoir de l’État justicier.

Cette étude questionne les différents aspects de la torture judiciaire dans ses dimensions à la fois pénales et techniques, culturelles et sociales, enfin politiques, afin de réévaluer sa place dans les tribunaux.

La Pendaison

Film de Nagisa Ōshima
Pays : Japon
Durée : 1h57
Genre : Drame, Comédie
Titre original : Kōshikei
Sortie : 2 février 1968

Un condamné à mort qui a survécu à sa pendaison doit être à nouveau exécuté.

La torture au Moyen Âge (45min) ; dans « MATIÈRES À PENSER AVEC ANTOINE GARAPON » par Antoine Garapon
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