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PLACE DE LA CONCORDE

C’est sur l’ancienne place de la Révolution qu’eurent notamment lieu les exécutions de Marie-Antoinette et de Robespierre. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir été torturés ici, sous le couperet de la machine. En effet, lorsque l’on tient compte des exécutions sans jugement, l’étude menée par Donald Greer dénombre entre 13 800 et 18 613[1] guillotinés de 1792 à 1795. Sur ce nombre, 2 794 ont été décapités à Paris, pendant la Terreur. À ces chiffres, il convient d’ajouter 25 000 décapitations par simple décision administrative. Parmi ces têtes tranchées, on recense 41 enfants décapités, ainsi qu’un vieillard de quatre-vingt-treize ans. Cela correspond à un total, pour la seule période révolutionnaire, de 38 000 à 43 000 guillotinés. Il y aurait eu en France, entre 1792 et 1977 entre 45 000 et 49 000 exécutions capitales. Cela veut donc dire que près de 85 % des condamnations à mort ont eu lieu en quatre ans[2]. De façon plus précise encore, il y a eu 1 373 têtes tranchées entre le 10 juin et le 27 juillet 1794, soit sous la période communément nommée « la Grande Terreur ». Il s’agit de l’apogée de l’application légale de la peine de mort en France.

De machine humanitaire, comme l’ont présentée ses deux concepteurs, les docteurs Louis et Guillotin, la guillotine devient une machine gouvernementale qui définit sous la Terreur les principes d’un gouvernement révolutionnaire. Elle se fonde dans un registre politique et laïc, par opposition aux anciens modes d’exécutions pratiqués en France avant la Révolution. Elle est construite sur les modèles de ses ancêtres, des machines à couper des cous. En Écosse, c’est sous le terme de maiden qu’un tel dispositif est diffusé pour l’ensemble des condamnés, qu’ils soient nobles ou roturiers, et ce dès 1564. En Italie on opère avec une mannaia. En Angleterre, c’est le Halifax gibet qui est usité. La Hollande n’est pas en reste. Des sources écrites rapportent au moins un cas dans la ville de Dendermonde en 1233. Parallèlement, l’évêché de Liège décapite aussi par mécanisme depuis au moins 1407. Plusieurs États allemands utilisent quant à eux une diele[3]. Enfin, en France, des propédeutiques à la guillotine ont existé. Ainsi trouve-t-on des doloires. À Toulouse, en 1632, Chastenet de Puységur relate dans ses Mémoires qu’Henry II de Montmorency a été décapité par une machine.

En France, la guillotine est l’instrument qui a étêté le Roi le 21 janvier 1793 sur cette place de la Révolution, symbole d’une vengeance publique, terrible machine qui exécute la justice du peuple. La décollation royale est à mettre en parallèle avec une scène originelle, non parce qu’il est le premier, mais parce que son corps était intouchable et que ce corps représentait celui de la Nation entière par sa fonction de monarque absolu de droit divin. La guillotine profane remplace la cérémonie religieuse du sacre. La guillotine a contribué à constituer la République. Voilà tout le problème pour son abolition. Le spectacle, la mise en scène sous la Terreur de ce qui se produit sur l’échafaud sont là pour forger une conscience publique. La guillotine est utilisée jusqu’en 1977 : il est évident qu’elle représente un objet archaïque au regard de la modernité du XXe siècle, alors qu’en même temps, elle est malheureusement devenue un de nos symboles nationaux.

 

Marie Bardiaux-Vaïente

[1] Donald Greer, The incidence of Terror during the French revolution, 1935 et Albert Soboul, Précis d’Histoire de la Révolution française, Paris, Éditions sociales, 1962.
[2] Martin Monestier, Peines de mort, histoire et techniques des exécutions capitales des origines à nos jours.
[3] Jacques Delarue, Le Métier de bourreau. Mais aussi Freddy Joris, Mourir sur l’échafaud : sensibilité collective face à la mort et perception des exécutions capitales du Bas Moyen Âge à la fin de l’Ancien Régime.

Marie-Antoinette : Un destin tragique

Auteur : Alexandre Maral
Éditeur : OUEST-FRANCE
Date de parution : 7 mai 2012
Broché

Marie-Antoinette n’a jamais cessé de fasciner. Issue de la famille des Habsbourg-Lorraine en Autriche, elle fut promise au trône le plus prestigieux d’Europe. Arrivée en France en 1770, épouse du dauphin le futur Louis XVI, elle sut conquérir le cœur des Français, à Paris et à la cour, où elle brillait par sa grâce. Son règne semblait prometteur mais en quelques années, Marie-Antoinette devint un des personnages les plus haïs de France. Elle tenta en vain de reconquérir l’opinion, notamment par une politique de mécénat artistique de grande ampleur, mais fut définitivement discréditée par l’affaire du Collier en 1786. Emmenée à Paris en octobre 1789, puis emprisonnée, elle fut guillotinée le 16 octobre 1793, au terme d’un procès poignant et inique. « Je ne l’ai pas fait exprès » furent ses dernières paroles, qui semblent résumer toute une vie.

La révolution Française, des origines à 1795

L’histoire nous le dira
Durée : 2h44

16 octobre 1793 : L'exécution de Marie-Antoinette, France inter (4min)

Le 11 juin 1851 Victor Hugo défend son fils Charles accusé de « manquement grave au respect de la Loi » devant le tribunal. Il avait relaté une exécution capitale particulièrement atroce.

« Quoi ? Quoi ? Un homme, un homme, un condamné, un misérable homme est traîné, un matin, sur une de nos places publiques ; là il trouve l’échafaud ; il se révolte, il se débat, il refuse de mourir. Il est tout jeune encore, il a vingt-neuf ans à peine. Mon Dieu ! On va me dire : c’est un assassin ! Mais écoutez : deux exécuteurs le saisissent, il a les mains liées, les pieds liés, il repousse les deux exécuteurs. Une lutte affreuse s’engage. Le condamné embarrasse ses pieds garrottés dans l’échelle patibulaire, il se sert de l’échafaud contre l’échafaud. La lutte se prolonge, l’horreur parcourt la foule. Les exécuteurs, la sueur et la honte au front, pâles, haletants, terrifiés, désespérés – de je ne sais quel horrible désespoir-, courbés sous cette réprobation publique qui devrait se borner à condamner la peine de mort et qui a tort d’écraser l’instrument passif, le bourreau, les exécuteurs font des efforts sauvages. Il faut que la force reste à la Loi, c’est la maxime. L’homme se cramponne à l’échafaud et demande grâce, ses vêtements sont arrachés, ses épaules nues sont en sang. Il résiste toujours Enfin, après trois quarts d’heure, oui, trois quart d’heure (ici l’avocat général fait un signe de dénégation) On nous chicane sur les minutes, disons trente-cinq minutes de cet effort monstrueux, de ce spectacle sans nom, de cette agonie, agonie pour tout le monde, entendez-vous bien ! Agonie pour le peuple qui est là autant que pour le condamné, après ce siècle d’angoisse, Messieurs les jurés, on ramène le misérable à la prison. »

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