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LE GIBET DE MONTFAUCON

Avant l’avènement de la Révolution française et de la guillotine, selon l’ordre auquel on appartenait, les pratiques d’exécutions n’étaient pas identiques. Si la décapitation à la hache était privilège de la noblesse, les roturiers étaient majoritairement roués (un quart des exécutions à la période moderne), ou pendus. On rencontre partout en Europe une vision d’effroi : celle des pendoirs, des étrangloirs, des fourches patibulaires. Ils sont la manifestation visible du châtiment suprême.

Ces espaces d’exposition, d’exécution, existent en tant qu’objets et lieux de crainte. Pour exemple, le sinistre gibet de Montfaucon eut une longue existence et fut un endroit de terreur pendant plus de cinq siècles. Le lieu dédié était très vaste. Il fallait de la hauteur pour que toute personne puisse apercevoir les 50 à 60 pendus permanents, à des lieues à la ronde. Sans compter les questions d’hygiène inhérentes, d’odeurs de putréfaction constantes et entêtantes. C’est donc en dehors de la ville que le gibet fut monté, à un endroit où dès le XIe siècle se trouvaient des fourches patibulaires.

Le lieu de torture se situait entre les Buttes-Chaumont actuelles – anciennement Buttes de Montfaucon, d’où le nom pris par le gibet -, la place du Colonel Fabien, la rue de la Grange-aux-Belles où l’on a retrouvé des restes archéologiques et des ossements humains. L’immense gibet en lui-même se trouvait en haut de la Butte au lieu actuel du square Amadou Hampâté Ba. Lourde masse de maçonnerie de 2.20 m de long et 9.15 m de large, son assise formait une plateforme par laquelle on accédait par un escalier de pierre. Sur trois côtés de la plateforme, seize piliers carrés d’une hauteur de 10 m. En haut et à mi-parcours, les piliers étaient réunis par des traverses de bois. Des chaînes étaient attachées pour supporter le poids des pendus jusqu’à leur désagrégation due au temps. Des échelles permettaient aux bourreaux d’accéder jusqu’au sommet du gibet, afin de pendre des vivants ou d’accrocher des cadavres ayant subis d’autres mises à mort violentes dans Paris (roue, décapitation, …).  Au centre de la construction, un trou dans lequel les bourreaux jetaient les restes des corps, alors qu’il fallait faire de la place pour de nouveaux arrivants. Néanmoins, certaines familles payaient pour que le bourreau dépende le mort. Mais les plus indigents finissaient en poussière sur les lieux du spectacle de leurs tourments : le corps pouvant rester jusqu’à son effritement… Vision d’horreur absolue à laquelle s’ajoutait les centaines de corbeaux qui venaient se repaître des chairs humaines en putréfaction.

Le corps d’Enguerrand de Marigny – accusé de malversations financières et de sorcellerie – y fut exposé pendant deux ans après sa pendaison. Ce qui ne manque pas d’ironie puisque c’est lui qui avait fait remplacer les anciennes fourches patibulaires par la construction en pierre, plus solide, alors qu’il œuvrait comme Chambellan auprès de Philippe IV le Bel. Autre célébrité martyre, l’Amiral de Coligny fut exhibé pendu par les pieds après qu’il eut été assassiné pendant la Saint-Barthélemy.

Or, malgré la répugnance des corps disloqués, des odeurs, de la prolifération des rats et autres vermines, ce qui avait vocation à créer un sentiment de terreur n’eut aucun effet dissuasif sur une quelconque criminalité. L’argument majeur d’existence des fourches patibulaires – et surtout des gibets – n’est autre que celui de faire peur, de dominer l’autre. La Justice n’a rien à voir avec tout cela : elle n’est qu’une mauvaise justification. Et le résultat ne fut qu’indifférence de la part des habitants qui n’hésitaient pas à venir récupérer tout ce qui était possible, sur le lieu. Déjà l’exemple de la peine de mort ne servait à rien pour assoir le pouvoir ou faire cesser les criminels de tous ordres. L’étalage lugubre de Montfaucon était tout autant inutile. Pourtant, cela n’arrêta pas les exécutions et le gibet devint insuffisant. Deux autres fourches identiques proches du premier gibet, virent le jour en 1416 et 1457. C’est à cette période que l’on assiste à la forte hausse des exécutions. En effet, malgré les a priori et préjugés que nous pourrions avoir, l’augmentation tangible des mises à mort date des XVe et XVIe siècles, avec un raidissement de l’absolutisme. Si le gibet perdit sa fonction sous Louis XIII et fut entièrement détruit entre 1761 et 1790, les pendaisons ne prirent fin qu’avec le dernier de tous ces suppliciés de la corde : le marquis de Favras, le 19 février 1790. Après lui advint l’avènement de près de deux siècles de monopole de la guillotine, dont le premier usage eut lieu le 25 avril 1792 sur la personne de Nicolas Jacques Pelletier.

Marie Bardiaux-Vaïente

Gibets, piloris et cachots du vieux Paris

Auteur : Jacques Hillairet
Date de parution : novembre 1988
Éditeur : Minuit
Collection : Vieux paris vieilles villes

 

Jacques Hillairet a dépouillé avec son habituelle érudition les vieux dossiers. Il recense ainsi les lieux patibulaires de Paris où on pendit, décapita, brûla, écartela, roua. Il ne s’est pas borné à fixer l’histoire topographique, et architecturale ; il évoque les principales scènes qui s’y sont déroulées.

 

VIDÉO

« SUR LA SELLETTE, une histoire de la justice à Paris »

Cycle de conférences
Par Pierre Prétou, Université de La Rochelle.
Présenté par Criminocorpus, le Comité d’histoire de la ville de Paris et les Archives de Paris
Durée : 58 minutes

Quelles horreurs ont été commises au gibet de Montfaucon ?

Utilisé pendant plus de cinq siècles, le gibet de Montfaucon servait à exposer les cadavres de personnes exécutées, à la vue de la population de la capitale française. Plus grand gibet des rois de France, celui-ci était érigé sur la butte éponyme – non loin de l’actuelle place du Colonel-Fabien – où il n’en reste plus aucune trace, si ce n’est une modeste plaque informative…

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