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LE CIMETIÈRE DE PICPUS

Picpus fait partie des quatre cimetières parisiens qui ont accueilli les corps des suppliciés pendant la Révolution française. Le mode opératoire était quasiment identique, qu’il s’agisse des Errancis, de la Madeleine, de Sainte-Marguerite ou de Picpus. Face à l’afflux des guillotinés pendant la Grande Terreur – il y a eu 1 373 têtes tranchées entre le 10 juin et le 27 juillet 1794 -, des fosses communes ont été creusées en urgence. En effet, la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) a simplifié à l’extrême la procédure de mise en accusation. Par ailleurs, le texte supprime toute défense pour le prévenu : disparition de l’interrogatoire avant l’audience, absence d’avocat, privation des auditions facultatives des témoins. Celui ou celle qui rentre dans le Tribunal révolutionnaire en sort soit acquitté, soit condamné à mort. Les prisons sont pleines, il n’y a plus de peine intermédiaire. Les accusés, les « ennemis du peuple » peuvent être tout un chacun. En effet, la Cour pouvait prononcer son verdict sur de simples présomptions morales, selon son bon vouloir. La conséquence directe et immédiate est l’avènement d’une série d’exécutions de masse, à Paris.

Le terrain qui se trouvait au fond d’un couvent dont les chanoinesses avaient été chassées deux ans plus tôt, sembla contenter l’administration. Le lieu cumule différentes qualités. Proche de la guillotine en action constante pendant ces semaines terribles, suffisamment spacieux, invisible aux yeux des citoyens, puisque derrière les hauts murs de l’ancien couvent. Enfin, ce terrain devenu bien national en 1792, appartient à la Nation, même si une petite partie en est louée à un citoyen patriote.

En secret, la nuit, les corps arrivent en charriots, traversant les quelques centaines de mètres qui séparent Picpus de l’actuelle place de la Nation. Déshabillés, ils sont entassés les uns à côté des autres, sans distinction ni de rang ni d’origine. Ainsi retrouve-t-on à Picpus une plaque indiquant la présence de plus de 1300 corps, qu’ils eussent été gens du peuple, d’Église, d’Épée, ou d’anciens nobles. Guillotinés, tous ces cadavres ont été déposés coupés en deux, par la force des choses, tête et corps séparés, et mélangés dans cet espace mortuaire commun. Il n’y a pas de protection entre les entassements de cadavres et l’air libre, en dehors de quelques planches et pelletées de terre. L’odeur est vite insoutenable et éveille le soupçon d’habitants du quartier.

Au sortir de la Révolution, le terrain est racheté, une fondation des familles des guillotinés est créée et les descendants nobles de certains des suppliciés ici entreposés, décident d’implanter un cimetière privé. C’est la raison pour laquelle on trouve la sépulture du Marquis de La Fayette, alors qu’il est mort d’une pneumonie en 1834. Son épouse, Adrienne de Noailles a vu sa mère, sa grand-mère et sa sœur aînée mourir sous le coup du couperet le 22 juillet 1794.

Ainsi, à Picpus on trouve aujourd’hui encore, la filiation de quelques suppliciés de la guillotine révolutionnaire puisqu’ils sont les seuls à pouvoir y être inhumés.

 

Marie Bardiaux-Vaïente

La guillotine

Auteur : Marie Gloris-Bardiaux-Vaïente
Genre : Bande dessinée
Date de parution : 2019

La guillotine. Objet de répulsion et de fascination, symbole de la monarchie décapitée et de notre République naissante, c’est bien l’histoire de cet outil – instrument légal, politique et moral –, que cette bande dessinée propose d’explorer. De 1792 à 1981, cet instrument de torture et de mort, alibi de la barbarie des exécutions, a eu pour première justification d’humaniser le crime d’Etat : en vain. Grande Histoire et petites anecdotes, vous saurez tout sur « la veuve » qui coupa en deux, vivants, plus de 50 000 condamnés en France.»

 

La Terreur, Part maudite de la Révolution
(Deux épisodes, 15 et 40 minutes)

France culture, « La Terreur et sa trace », Emission : Concordance des temps (59 min)
La Terreur (1793-1795) – Histoire, 4e | Les antisèches des Découvreurs
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