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ANTOINETTE CHAHINE

LIBAN

CONDAMNÉE À MORT EN 1997
Je suis restée muette pendant le mois qui a suivi ma condamnation. J’étais comme paralysée.

Antoinette Chahine
5 ans et demi en prison dont 2 et demi dans le couloir de la mort
Libérée en 1999

Antoinette a été arrêtée en 1994 et condamnée à mort en 1997 pour le meurtre d’un prêtre. En prison, Antoinette est torturée. Elle sera finalement libérée en 1999 suite aux campagnes de pression internationales.

Si aucune peine de mort n’a été exécutée au Liban depuis 2004, les condamnations à mort restent fréquentes. Au moins 82 personnes, dont 1 femme, se trouvaient dans le couloir de la mort fin 2020, dont presque la moitié attend l’exécution de sa peine depuis plus de 15 ans. Ce moratoire de facto n’a jamais été officialisé. Les prisons libanaises sont les plus surpeuplées du Moyen-Orient (236 % de taux d’occupation en 2019). La prison de Roumieh, d’une capacité de 1 050 détenus en a trois fois plus ; celle de Qobbeh, d’une capacité de 250 en contient 550. La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord est parmi celles qui résistent le plus à la tendance abolitionniste mondiale. Si l’on exclut la Chine, quatre pays seulement étaient responsables de 88 % de toutes les exécutions recensées à l’échelle mondiale en 2020 : l’Iran, l’Égypte, l’Irak et l’Arabie saoudite. Au Liban, en moratoire de facto depuis 17 ans, l’année 2020 a laissé entrevoir des signes positifs : aucune condamnation à mort n’a été prononcée par la justice libanaise, et le gouvernement a voté pour la première fois en faveur de la Résolution de l’ONU appelant à un moratoire universel sur l’application de la peine de mort.

Le récit d’Antoinette est le récit de la répression politique qui s’exprime au travers la peine de mort au Liban comme dans d’autres pays. Cette femme a subi pendant plus de 5 ans l’injustice et la torture dans le couloir de la mort, condamnée pour un crime dont son frère était accusé par l’État. Les tortures physiques et morales qu’elle a endurées sans fléchir visaient manifestement à la contraindre à témoigner contre son frère, membre des Forces libanaises, pourtant en exil au moment des faits. La condamnation d’Antoinette reposait elle-même sur deux témoignages extorqués sous la torture, dont les auteurs se sont rétractés ultérieurement. L’innocence d’Antoinette a fini par être reconnue, bien trop tardivement, par une justice qui opprime des innocents. Devenue une grande militante abolitionniste, Antoinette Chahine a participé à 6 des 7 Congrès mondiaux contre la peine de mort, et témoigne régulièrement lors d’interventions scolaires dans le monde entier. Elle encourage ainsi chacun.e à s’engager en faveur de la lutte abolitionniste : « Nous devons tous œuvrer pour parvenir au jour où sera abolie la peine de mort au Liban et dans le monde entier ».

Crime d’innocence

Auteur : Antoinette Chahine
Date de parution : 2007
Éditeur : Dar An-Nahar

1994. Antoinette Chahine a 22 ans. Elle est étudiante en droit à l’Université de Beyrouth. Elle est la benjamine d’une famille chrétienne qui comprend huit enfants. Ils vivent à Kfarhabida, un petit village au nord de Beyrouth. Son frère Michel, de vingt et un ans son aîné, a été tué quelques années plus tôt.

Il était gendarme. Depuis, bien sûr, ses frères Antoine et Jean militent au sein de leur communauté, dans un pays où la guerre n’a de cesse. Les accords de Taëf ont impliqué la dissolution des milices. Jean est donc devenu hors-la-loi. Il s’est exilé en Australie. Le 21 mars, jour du printemps et de la fête des mères, une Mercédès noire vient chercher Antoinette. Pour un « petit interrogatoire ». C’est le début d’une incroyable descente aux enfers. Intimidations, humiliations, tortures, procès iniques, faux témoignages, peine de mort …

12 libanais en colère

Réalisé par Zeina Daccache
Production : Zeina Daccache
Pays d’origine : Liban
Durée : 85 minutes

Zeina Daccache, thérapeute et dramaturge a travaillé avec un groupe d’hommes à la prison de Roumieh au Liban. Prisonniers de droit commun, enfermés pour meurtre, viol ou trafic de drogue, certains sont même condamnés à mort. Pendant 15 mois, les détenus répètent « 12 Libanais en colère » adaptation de la pièce « 12 hommes en colère » de Reginald Rose et du célèbre film de Sidney Lunet. On suit les sessions de thérapie par le théâtre, les entretiens avec les prisonniers et les effets positifs de ce travail sur leur personnalité. La prison de Roumieh construite dans les années 60 est aujourd’hui un établissement vétuste et surpeuplé. Zeina Daccache a offert aux 45 participants de son atelier la possibilité de libérer une parole. En s’engageant dans ce travail de théâtre, elle les aide à devenir des adultes, responsables de leurs actes.

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